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Les Guerriers de l'hiver - Olivier Norek (2024)

Photo du rédacteur: MaxMax

Un roman historique brillamment construit qui nous fait découvrir un pan oublié de l'Histoire : la Guerre d'Hiver entre la Finlande et l'URSS. À lire.

Un roman historique qui nous plonge au coeur d'une guerre qui a marqué l'Histoire
 

Les Guerriers de l’hiver, Olivier Norek, Michel Lafon, 2024


 « Je suis certain que nous avons réveillé leur satané Sisu.

– Je ne parle pas leur langue, camarade.

– Et je ne pourrais te traduire ce mot, car il n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Le Sisu est l’âme de la Finlande. Il dit le courage, la force intérieure, la ténacité, la résistance, la détermination… Une vie austère, dans un environnement hostile, a forgé leur mental d’un acier qui nous résiste aujourd’hui. »


Imaginez un pays minuscule.

Imaginez-en un autre, gigantesque.

Imaginez maintenant qu’ils s’affrontent.


Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, un peuple se dresse contre l'ennemi, et parmi ses soldats naît une légende. La légende de Simo, la Mort Blanche.

 

Les amateurs de polars connaissent sûrement Olivier Norek, au moins de nom. À l’instar d’autres grands noms français du genre (Maxime Chattam, Franck Thilliez ou Bernard Minier par exemple), et fort de son expérience d’ancien flic, l’écrivain a su se faire une place de choix sur la scène littéraire française. Et cela, grâce à ses nombreux romans tels que Code 93 paru en 2013 (qui inaugure sa série de livres centrés sur Victor Coste), ou encore Surface, publié en 2019 et qui a reçu de nombreuses récompenses (en tête, le Prix Maison de la Presse 2019 et le Prix des lecteurs Babelio 2019 dans la catégorie polar). Bref, Olivier Norek n’est pas un inconnu dans le monde du roman policier.


Pourtant, en 2024, l’auteur a décidé de changer son fusil d’épaule et de s’attaquer à un genre nouveau pour lui, celui du roman historique. Avec son livre Les Guerriers de l’hiver, Olivier Norek choisit un pan de l’histoire plutôt méconnu mais néanmoins si capital pour notre continent européen : la Guerre d’Hiver. 


Ce livre, paru lors de la rentrée littéraire, a su se frayer un chemin parmi les nombreux ouvrages publiés pour l’occasion : il a notamment figuré dans les premières sélections du prix Goncourt et du prix Renaudot, et a même remporté le prix Jean Giono.


Avant d’évoquer ce livre à proprement parler, peut-être faut-il faire un petit détour historique afin de mieux cerner le contexte qui lui sert de décor. 


Ils étaient plus d’un million, et lorsque demain et après le vent soufflera à travers les forêts de Finlande, c’est aussi leur voix qu’il portera. Il y avait pourtant eu des jours heureux, une paix chérie. Il y avait eu un avant, un peu avant l’enfer.

Un peu d’Histoire


La Guerre d’Hiver, c’est la tentative d’invasion de la Finlande par l’URSS à la fin de l’année 1939. Alors que la Seconde Guerre mondiale était à ses prémisses, Staline décide d’envahir ce jeune pays qui avait obtenu son indépendance en 1917. Pour les soviétiques, l’opération devait durer à peine quelques jours. En effet, qui aurait pu croire qu’un pays de plus de 170 millions d’habitants s’embourberait dramatiquement dans une guerre de tranchées en essayant de s’approprier le territoire finlandais qui abritait à l’époque à peine 3 millions d’âmes ?


Cette guerre, qui dura du 30 novembre 1939 au 13 mars 1940, fut un fiasco pour l’URSS. En un peu plus de 3 mois de guerre, ils réussirent à faire reculer les finlandais d’à peine quelques kilomètres derrière leur frontière. Entre 350 et 400 000 pertes soviétiques, pour environ 70 000 côté finlandais. 


Pourtant, la Finlande, terriblement affaiblie par les combats, et esseulée sur le continent européen (la France et le Royaume-Uni notamment, tergiversèrent à envoyer un soutien militaire, sans qu’aucune aide ne finisse par arriver) fut contrainte d’accepter les accords de Moscou : elle perd ainsi près de 10% de son territoire et 20% de sa capacité industrielle.


Au fond, le sujet n’est pas là, du moins dans ce livre de Norek : l’objet est de mettre en lumière la bravoure de ce jeune peuple et son héroïsme face à l’envahisseur soviétique. Pari réussi ?


Simo relâcha la pression de son doigt et recula doucement jusqu’à disparaître. Mais qu’on ne donne pas à cet acte la mansuétude qui ne lui revient pas. Il ne les avait pas épargnés, il avait remis leur rencontre à plus tard. Ce sont deux choses distinctes que de pouvoir ou de devoir.Pouvoir tirer et devoir tirer. Pouvoir tuer ou devoir tuer. 

La petite histoire dans la grande


Une fois le cadre ainsi posé, de quoi parle ce livre ? Ou plutôt de qui ? 


La réponse, une nouvelle fois, est historique. Olivier Norek a choisi pour personnages de son roman des figures qui ont réellement existé. Pour n’en citer que quelques-unes : 

  • Carl Gustaf Emil Mannerheim, alors commandant en chef des armées finlandaises (il s’agit-là de l’une des figures les plus éminentes de Finlande, lui qui devient en 1944 Président de la République) ;

  • Aarne Juutilainen, surnommé « l'horreur du Maroc » à son retour de la Légion Étrangère : lieutenant de la sixième compagnie du régiment d'infanterie 34 ;

  • Et enfin, et surtout Simo Häyhä : jeune paysan au début de la guerre, mais redoutable chasseur, il devient durant le conflit un sniper d’exception (sa renommée a traversé les époques), au point d’être surnommé la Mort Blanche. En un peu plus de 3 mois de guerre, il abattit de son fusil plusieurs centaines de soviétiques (vraisemblablement en 500 et 700).


Les photos sont pleines de gens morts.

Olivier Norek met ainsi en scène tout au long de son roman des personnages historiques à toutes les échelles de commandement : que ce soit côté soviétique (avec le général Molotov par exemple), mais surtout finlandais, l’auteur nous plonge au cœur de ceux qui ont fait cette guerre. Il nous raconte les manœuvres diplomatiques, les choix (heureux ou non) du commandement, mais surtout la vie de ces soldats qui font cette guerre, qui sont en première ligne. 


Ces finlandais, aussi valeureux qu’inexpérimentés, se voient contraints, par le jeu de forces qui les dépassent, de tout abandonner pour défendre leurs terres et leur jeune nation. Nous, lecteurs, sommes guidés au travers de ces tranchées, de ces paysages enneigés par un froid allant jusqu’à -50°, suivant la lutte à mort que Simo et ses camarades sont obligés de mener malgré eux.


Force est de le reconnaître : Norek excelle dans l’art de nous faire vivre cette guerre. Les passages qui concernent le rapport du soldat à ses armes, à son arme lorsqu’il s’agit de Simo, sont criant de vérité. Les détails qu’il nous donne sont d’un réalisme absolu : on notera ici l’idée ingénieuse de Simo de mettre de la neige dans sa bouche pour éviter que de la buée en sorte et ne permettre à l’ennemi de le repérer, lui qui restait des heures couché dans la neige et le froid pour attendre sa cible.


Cette mise en scène de l’Histoire est donc formidablement réussie. Et comment ne pas y voir un parallèle, un écho (sans doute bien imparfait tant il est difficile de superposer deux moments de l’Histoire), à la guerre en Ukraine qui se déroule sous nos yeux aujourd’hui ? Un même pays agresseur, un pays livré à lui-même ou presque, un déséquilibre dans les forces en présence, et des héros du quotidien…


Lorsque la nuit tomba et qu’il rentra au campement, la tête encore pleine du tonnerre de la journée, Viktor leva les yeux au ciel, et lorsqu’il imagina là-haut la présence de Dieu, il les baissa de honte.

Un roman historique abouti qui manque néanmoins d’élan romanesque


On l’a dit, ce livre de Norek est un excellent roman historique. Il est indéniable que l’auteur a passé de longues semaines à se documenter pour cerner toute l’ampleur de ce moment de l’Histoire qu’il souhaite mettre en pages. Et, comme il le dira lui-même, il ira même jusqu’à passer près de trois mois en Finlande pour s'imprégner de l’atmosphère de ce pays à part. Bref, le volet historique de ce roman est une belle réussite.


Du côté du rythme, il est remarquable de voir qu’on se retrouve à tourner les pages une à une, ne voyant plus le temps défiler tant le récit nous saisit à la gorge. On sent toute l’expérience de l’auteur de thrillers et de romans policiers à chacune de ses pages. Pris par une écriture nerveuse, le suspense est là, chacun de ces chapitres nous donne envie de lire le suivant. En cela aussi, ce livre est brillant : il arrive à tenir en haleine le lecteur jusqu’au bout.


Que peut-il y avoir de plus triste qu’une lettre qui ne trouve pas son destinataire ? se désola Pietari.

La limite de ce livre réside en revanche peut-être dans son manque de fibre romanesque. Heureusement, Norek ne tombe pas dans le pathos, ni dans le lyrisme absolu (ce qui est souvent le travers de ce genre de roman).  Mais bien que l’auteur se soit fortement documenté sur cette guerre et sur les acteurs qu’il met en scène, un sentiment étrange subsiste, comme si le récit était un peu trop calqué sur l’Histoire.


Il apparaît que ce livre est, en quelque sorte, un pan de l’Histoire européenne et mondiale mis en récit au travers du regard d’une poignée de ses acteurs, sans véritablement apporter un supplément d’âme romanesque. Certes, il existe bien quelques intrigues annexes, notamment entre Toivo et Leena, mais cela reste sans doute un peu trop maigre. Même le personnage de Simo, qui pourtant possède un destin romanesque évident, semble être à l’image de son environnement : froid et laconique.


Évidemment, cette réserve n’enlève absolument rien au plaisir que l’on a de lire ce livre. Dès ses premières pages, nous nous retrouvons happés par cette histoire méconnue, par le destin hors du commun d’une jeune nation qui a réussi à tenir bon face à un envahisseur pourtant supérieur en armement et en soldats. Un livre qui mérite d’être lu tant il nous éclaire brillamment sur un volet de l’Histoire de notre continent.


Simo pensait avoir eu une sale journée. Il comprit alors qu’à la guerre, le pire n’était pas de mourir, car à la guerre, la peur de mourir n’est jamais plus forte que celle de voir mourir les siens.

Olivier Norek, auteur reconnu de polars, change de registre avec ce livre, Les Guerriers de l’hiver. Il s’attaque cette fois au roman historique en mettant en lumière un épisode méconnu mais crucial de l’Histoire européenne : la Guerre d’Hiver qui opposa la Finlande à l’URSS. En mettant en scène des figures historiques comme Mannerheim, chef des armées finlandaises, Aarne Juutilainen, vétéran de la Légion étrangère, et surtout Simo Häyhä, sniper légendaire surnommé la "Mort Blanche", l’auteur nous plonge dans le quotidien de ces soldats, au cœur de l’horreur des combats, du froid glacial et des paysages finlandais faits de neige et de forêts. Grâce à une écriture nerveuse et immersive, Norek réussit à nous captiver dès les premières pages. Fort de son expérience d’auteur de polars, il réussit à tenir tout au long du livre un rythme qui nous entraîne au cœur de cette guerre et de ses héros malgré eux. Sur ces différents aspects, ce roman est une réussite. Néanmoins, si le livre brille par sa rigueur historique et son rythme, il convient de reconnaître qu’il manque peut-être d’élan romanesque. L’ambition initiale de ce récit, vouloir suivre l’Histoire et les figures qui l’ont faites, prend peu à peu le pas sur ce qui fait toute la saveur du roman et n’apporte pas, me semble-t-il, suffisamment de profondeur et de supplément d’âme à ces personnages pourtant héroïques. Évidemment, cette réserve n’enlève absolument rien au plaisir que l’on a de lire ce livre. Il reste un formidable roman qui éclaire brillamment un pan oublié de l’Histoire, tout en offrant un récit haletant et documenté. 


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“ Chaque esprit se construit pour lui-même une maison, et par-delà sa maison un monde, et par-delà son monde un ciel.”

Ralph Waldo Emerson

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