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Pensées pour moi-même - Marc Aurèle (170-180)

Photo du rédacteur: MaxMax

Un livre fondamental de la philosophie stoïcienne, dont la profondeur et l'exigence morale nous accompagnent longtemps.


Pensées pour moi-même de Marc Aurèle, le livre stoïcien par excellence
 

Pensées pour moi-même, Marc Aurèle, Flammarion, GF, 1964 (170-180)

« On sent en soi-même un plaisir secret lorsqu’on parle de cet empereur ; on ne peut lire sa vie sans une espèce d’attendrissement ; tel est l’effet qu’elle produit qu’on a meilleure opinion de soi-même, parce qu’on a meilleure opinion des hommes. » Montesquieu

 

Marc Aurèle était un empereur romain qui a régné de 161 à 180 après J.-C. Il est souvent considéré comme le dernier des « cinq bons empereurs » de la Rome antique, nom donné par Machiavel aux cinq premiers empereurs romains de la dynastie des Antonins (Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux et donc Marc Aurèle). Bien que son règne fut marqué par des défis militaires, des troubles sociaux et des épidémies, cette époque marqua l’apogée de l'empire romain.


Si Marc Aurèle est aussi célèbre de nos jours, ce n’est pas tant pour la gloire que ses succès en tant qu’empereur ont attaché à son nom, mais plutôt grâce à l'œuvre majeure qu’il a laissé derrière lui : Pensées pour moi-même. Il est ainsi, via cet écrit, surtout connu pour être l'un des principaux représentants du stoïcisme, une philosophie antique grecque qui a exercé une grande influence sur la pensée occidentale.


Nulle part, en effet, l’homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme.

Le stoïcisme, philosophie morale aussi ambitieuse qu’exigeante


Marc Aurèle est, avec Epictète, l’un des principaux représentants du stoïcisme (ou l’école du Portique), ce mouvement philosophique grec fondé par Zénon de Kition à la fin du IVe siècle av. J.-C. à Athènes. Si le stoïcisme est aujourd’hui devenu un brin désuet, il n’en reste pas moins particulièrement étudié tant son influence a été considérable au fil des siècles.


Difficile de résumer la pensée des stoïciens en quelques lignes. Néanmoins, l’exercice que représente cette chronique impose une succincte présentation. Pour tenter d’expliquer le stoïcisme de manière précaire, on pourrait dire que ce mouvement philosophique prône un mode de vie rigoureux et exigeant qui doit pousser chacun d’entre nous à développer sa vertu, sa sagesse et également une forme de résilience face aux épreuves de la vie.  


N’agis point comme si tu devais vivre des milliers d’années. L’inévitable est sur toi suspendu. Tant que tu vis, tant que cela t’est possible, deviens homme de bien.

Plus globalement, les stoïciens croient en une force divine qui régit l'univers, cette force étant présente dans tous les aspects de la vie, et dans tous les éléments qui façonnent notre monde. Inutile, pour eux, de lutter face aux événements qui échappent à notre contrôle puisque ce principe universel qui les traverse est irrépressible, inarrêtable. Les stoïciens prônent donc l’acceptation de tous ces événements et insistent sur l'importance de la maîtrise de soi, de la modération des émotions et de la rationalité dans la prise de décision. 


Marc Aurèle, figure du stoïcisme par excellence 


Mais revenons à Marc Aurèle et à cet ouvrage majeur, Les Pensées pour moi-même. Il s'agit d'un recueil de notes personnelles dans lequel l'empereur partage ses réflexions sur la vie, la moralité, la vertu et la nature de l'existence. Divisés en douze parties, douze cahiers, ce journal intime (si tant est que nous pouvions utiliser ce terme moderne pour décrire une œuvre littéraire vieille de près de deux mille ans) a visiblement été écrit par Marc Aurèle durant plusieurs parties de sa vie. 


Etrange chose, que l'ignorance et la suffisance soient plus fortes que la sagesse !

Autant le reconnaître dès à présent : la pensée stoïcienne de Marc Aurèle n’a rien d’originale, au contraire : ce recueil fait de son auteur le plus parfait représentant de ce mouvement philosophique. A bien des égards, ce livre est ainsi d’un profond classicisme doctrinal : Marc Aurèle confronte les événements de sa vie avec les leçons que ses maîtres lui ont enseignées. Il utilise de nombreuses références philosophiques (Epictète, évidemment, mais aussi Platon, Aristote, Epicure et Démocrite) qui entrent visiblement en résonance avec les événements qu’il traverse.


En tant que stoïcien pratiquant, pourrait-on dire, Marc Aurèle développe les grandes idées du stoïcisme : l'ordonnancement du monde et de l’Univers, la raison universelle qui la traverse, l’acceptation de notre place en son sein, des épreuves que l’on rencontre, et de la mort. On ne peut que noter l’insistance (et parfois les redondances) dont fait montre Marc Aurèle pour la mort, et in fine son acceptation. 


La perfection morale consiste en ceci : à passer chaque jour comme si c’était le dernier, à éviter la torpeur, l’agitation, la dissimulation.

Un stoïcisme néanmoins très personnel


Nous l’avons déjà souligné : si, sur le plan doctrinal, Marc Aurèle n’apporte aucune nouveauté au stoïcisme, l’originalité de son texte réside pourtant dans ce qu’il a de personnel : les événements qu’il doit traverser en tant qu’empereur romain, mais également en tant qu’être humain sont analysés sous le prisme du stoïcisme. Les traces écrites de cette période étant trop réduites et fragmentées, le lecteur ne peut que s’émerveiller à la lecture des pensées qu’un empereur romain a jugé bon de mettre par écrit. 


Homme le plus puissant de son époque, Marc Aurèle a néanmoins choisi de suivre une philosophie que ses maîtres lui avait enseignée. Et c’est peut-être cela qui frappe le plus le lecteur : la rigueur et la discipline (teintée sans doute d’une certaine dose d’'obsession) qui ont poursuivi son auteur sans relâche tout au long de sa vie et l’ont poussé à se conformer aux exigences du stoïcisme. 


Quels êtres vulgaires que ces petits hommes qui jouent les politiques et s’imaginent agir en philosophes !

La constance avec laquelle il s’évertue à respecter scrupuleusement la philosophie qu’il s’est donnée comme horizon de vie peut le pousser, parfois, à être particulièrement dur avec lui-même. On est ainsi surpris de voir les critiques qu’il émet contre lui-même lors de ses moments de découragement, lui qui a d’éminentes responsabilités politiques.


Cette assiduité est tout bonnement remarquable. Tout empereur qu’il est, Marc Aurèle cherche à élever son âme, à mettre de côté ses passions, ses fausses représentations, son orgueil et sa colère pour mettre en pratique la morale stoïcienne : être bienveillant, juste et respectueux en tout instant, car la nature de l’homme est, selon les stoïciens, d’être raisonnable et sociable. A la lecture de ses pensées si intimes, on ne peut qu’éprouver pour lui qu’une profonde empathie.


Si la lumière d’une lampe, jusqu’à ce qu’elle s'éteigne, brille et ne perd pas son éclat : la vérité, la justice et la sagesse s’éteindront-elles avant toi ?

Si Marc Aurèle a tout du parfait stoïcien, il a tout de même des thématiques de prédilections sur lesquelles il revient à de nombreuses reprises : la mémoire, le temps, la brièveté de la vie humaine, la gloire et ses futilités, la finitude de l’être humain. Près de 2000 ans plus tard, ces sujets sont d’une actualité saisissante : Marc Aurèle avait déjà su pointer du doigt, en son temps, des enjeux typiquement modernes, et au fond, typiquement humains.


Bien entendu, ces pensées ne sont pas toutes égales, n’ont pas toutes la même valeur. Certaines se recoupent, se complètent, voire même se paraphrasent. D’autres sont d’ailleurs incompréhensibles, les références historiques ou contemporaines vers lesquelles elles renvoient sont aujourd’hui perdues. Pourtant, la simplicité avec laquelle ces aphorismes (car il s’agit souvent d'aphorismes) sont énoncés rendent leur lecture et leur compréhension plus aisées. Et encore aujourd’hui, la plupart d’entre eux restent diablement pertinents. Un vrai plaisir de lecture pour qui veut découvrir ce que la philosophie peut apporter de concret dans nos vies.


Et la philosophie consiste en ceci : à veiller à ce que le génie qui est en nous reste sans outrage et sans dommage, et soit au-dessus des plaisirs et des peines ; à ce qu’il ne fasse rien au hasard, ni par mensonge ni par faux-semblant ; à ce qu’il ne s’attache point à ce que les autre font ou ne font pas. Et, en outre, à accepter ce qui arrive et ce qui lui est dévolu, comme venant de là même d’où lui-même est venu. Et surtout, à attendre la mort avec une âme sereine sans y voir autre chose que la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant.

Ce livre est considéré comme l'un des plus importants textes de la philosophie stoïcienne et offre un aperçu précieux de la manière dont Marc Aurèle a appliqué les principes stoïciens à sa propre vie en tant que dirigeant, mais aussi en tant qu’individu. Si la pensée stoïcienne de Marc Aurèle n’a rien d’original, étant, au fond, d’un très grand classicisme doctrinal, la lecture de ce recueil n’en reste pas moins particulièrement éclairante. Le lecteur ne peut qu’être saisi par la constance de l’assiduité que Marc Aurèle fait montre pour la philosophie qu’il a choisi de poursuivre toute sa vie durant. Plus fascinant peut-être, une grande partie de ses pensées traitent de sujets étonnamment modernes : la place de l’homme dans l’univers, la brièveté de la vie ou encore la finitude de l’être humain en sont quelques exemples. Les Pensées pour moi-même offrent également des conseils pratiques sur la manière de mener une vie éthique et équilibrée dans un monde souvent chaotique et imprévisible. Le genre de livre qu’on se plaît à ouvrir de temps en temps, au hasard d’une page, pour relire quelques-unes de ces pensées qui ne peuvent qu’éclairer le temps présent.




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“ Chaque esprit se construit pour lui-même une maison, et par-delà sa maison un monde, et par-delà son monde un ciel.”

Ralph Waldo Emerson

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