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Moi, Phoolan Devi, reine des bandits - Phoolan Devi (1996)

  • Photo du rédacteur: Max
    Max
  • 25 sept. 2024
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 sept. 2024

Une autobiographie coup de poing qui nous plonge aux côtés de Phoolan Devi, jeune femme indienne victime de la violence des hommes, devenue une légende. Bouleversant.


Une autobiographie absolument bouleversante sur la destinée d'une jeune femme, née moins rien rien, devenue reine
 

Moi, Phoolan Devi, reine des bandits, Phoolan Devi, Robert Laffont, 2023 (1996)

Elle était de ces rares personnages qui, de leur vivant même, semblent tout droit sortis d’une légende…

Née au coeur de l’Inde dans une famille de basse caste, Phoolan Devi était destinée à l’esclavage domestique. Mariée à onze ans à un homme trois fois plus âgé qu’elle, abandonnée puis violée avant d’être enlevée par des hors-la-loi, elle s’est rebellée pour devenir la célèbre reine des bandits.

Pendant trois ans, à la tête d’une véritable armée, elle a nourri l’imagination d’un continent entier, volant aux riches pour donner aux pauvres, à la poursuite d’une vengeance jamais assouvie contre la brutalité des hommes.

Pour toutes les femmes du monde, de l’humiliation à la libération, Phoolan Devi était devenue le symbole de la révolte et du combat.  Elle a été assassinée le 25 juillet 2001. Ce livre est son testament.

 

Très peu aujourd'hui connaissent sans doute le destin absolument hors du commun de Phoolan Devi. Torturée et violée dès son plus jeune âge à plusieurs reprises, celle qu’on a surnommée « La reine des bandits » s’est transformée malgré elle en une icône en Inde. Devenue le symbole d’un peuple opprimé, la vie de cette jeune femme n’a été que combat. La raison ? Phoolan Devi a eu le malheur de cumuler deux injustices qui ne pardonnent pas dans une société inégalitaire : être issue de l’une des castes les plus méprisées et pauvres d’Inde, et,  surtout, d’être une femme.


Si Phoolan Devi ne sait ni lire, ni écrire, elle a néanmoins laissé une trace dans le cœur des Indiens, mais aussi un livre, en guise de testament. Par l’entremise d’un éditeur français (Bernard Fixot, fondateur de XO Editions) et de deux écrivains (Marie-Thérèse Cuny et Paul Rambali) qui se sont longuement entretenus avec elle et qui ont pu, ainsi, en retranscrire toute la teneur, Phoolan a pu raconter son histoire. Car qui d’autre aurait pu le faire ?


Si Dieu m’avait fait homme, je n’aurais pas eu à affronter cet horrible destin. C’est parce que j’étais une femme que j’ai été humiliée au plus profond de mon âme. Je n’ai jamais admis cette condition. Je me suis révoltée. 

Moi, Phoolan Devi, reine des bandits est donc le récit de sa vie, allant de son enfance insupportable à sa sortie de prison, elle qui fut pendant quelques années à la tête d’une bande de bandits, ce qui la conduisit à la reddition puis à l’emprisonnement. Malheureusement, sa légende s’arrêta brusquement de s’écrire : elle fut assassinée en 2001 alors qu’elle s’était engagée depuis quelques années en politique pour défendre les plus démunis.


Disons-le peut-être d’emblée : ce livre est incroyablement percutant, ô combien bouleversant. Absolument rien ne nous est épargné : les viols, la violence, la torture, la misère. Certains de ses passages sont, de fait, particulièrement éprouvants. Ce livre n’est pas un roman : la réalité terrifiante qui s’en dégage rajoute à l’horreur que cette femme a vécu tout au long de sa vie. Et pourtant, malgré toutes les abominations qu’elle a subies, Phoolan Devi a su se relever pour raconter son parcours et devenir, à bien des égards, une véritable icône féministe. 


Je suis née moins qu’un chien, mais je suis devenue une reine.

 

Une enfance brisée


Née dans une famille de basse caste dans l’Uttar Pradesh (un État au nord de l’Inde), Phoolan Devi grandit dans une société profondément inégalitaire et patriarcale, dans laquelle les femmes sont souvent victimes de violence et d'oppression. A cela s'ajoute le système de castes qui se perpétue en Inde depuis des millénaires, une forme de hiérarchisation de tous les groupes sociaux du pays en cinq grands ensembles (pour faire simple, car chacune d’entre elles comporte encore de nombreuses divisions) :


  • les brahmanes (ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide) : caste à l’origine destinée à rassembler les érudits et religieux ;

  • les kshatriyas : qui regroupaient les guerriers qui maintenaient l’ordre social ; 

  • les vaishyas : les commerçants ;

  • les shudras : artisans et paysans

  • les dalits ou harijans : les intouchables, les moins que rien.


Si ces distinctions commencent à s’effriter dans les métropoles indiennes, les campagnes sont quant à elles encore profondément régies par ce système. Phoolan Devi, par ses parents vivants près d’un fleuve, étaient une mallah, une division des shudras.


Dès son plus jeune âge, Phoolan fait face à des brimades des thakurs (qui appartiennent à la caste des kshatriyas), subissant la brutalité de sa condition sociale. Qui plus est, ses parents ont subi une injustice de plus : le frère de son père lui a volé un terrain, les rendant encore plus pauvres qu’ils ne l’étaient. Son cousin Mayadin fera tout pour les humilier sans cesse.


Vendue en mariage à seulement onze ans à un homme beaucoup plus âgé (la coutume veut que la jeune fille reste ensuite chez ses parents jusqu’à ses seize ans, mais suite à un arrangement, elle ira directement habiter chez son mari), elle devient rapidement victime de viols et de maltraitances par ce dernier. 


On dirait que je suis coupable de quelque chose. Pourtant mes parents me plaignent et sont en colère. La même colère que pour le champ volé. Mais je devine, sans pouvoir bien m'expliquer pourquoi, que leur colère ne les aide pas à lutter contre les plus forts. Ceux qui tiennent les roupies d’une main et le bâton de l’autre leur font toujours peur. 

À la lecture de cette première partie, on ne peut qu’être surpris par la relation particulière que Phoolan entretient avec ses parents. Son père, adorable mais soumis à un système qui le dépasse, aime profondément sa fille. Mais il n’arrive pas à la protéger de ceux qui lui veulent du mal. Sa mère a un plus fort caractère : si elle bat parfois sa fille pour ses bêtises, elle tente par tous les moyens de la défendre. En vain. Phoolan Devi est écrasée par ce système terriblement injuste face auquel ses parents ne peuvent que rester impuissants et se résigner aux multiples humiliations auxquelles ils doivent faire face.


Face à ces injustices qui auraient mis n’importe qui à terre, Phoolan Devi décide petit à petit de résister. Elle, si jeune, qui ne comprend pas encore les mécanismes qui régissent la société, et donc sa souffrance, décide au contraire de s’en nourrir. Pour se révolter.


La naissance de la « Reine des bandits »


Si la jeunesse de Phoolan Devi a été un véritable calvaire, que dire de son adolescence ? L’innocence propre aux enfants avait déjà disparu de la vie de la jeune femme lorsqu’elle décida de demander justice à son cousin Mayadin pour le vol de terrain. Mais ce dernier ne se laissa pas faire, faisant appel à la police corrompue pour la jeter en prison et la violer à de nombreuses reprises. Encore. Elle avait à peine seize ans.


Libérée, son cousin décida de faire appel à des dacoïts pour l’éliminer une bonne fois pour toute. Une bande de bandits, dirigée par deux chefs (dont un certain Vikram) s’introduisirent dans son village pour la kidnapper. Elle qui pensait son heure venue fut surprise de voir que Vikram la défendit, allant même jusqu’à tuer l’autre chef pour la protéger. Tous deux finirent par se marier et prirent la tête de la bande. 


Nous n’avons que la méfiance et la peur pour affronter le monde. L'ignorance est bien plus cruelle que la faim. 

Pendant quelques mois, leur bande sema le chaos dans l’Etat, s’en prenant essentiellement aux riches propriétaires qui abusaient de leur position pour violenter la population de castes inférieures. Mais un jour Vikram décida de s’associer à son ancien chef pour qui il avait une admiration sans borne : Shri Ram, un dacoït thakur. Ce dernier finit par tuer VIkram par jalousie. Ce qu’il fit ensuite de Phoolan est tout bonnement abominable : lui et sa bande la battent, la violent et l’exhibent, nue, sur de nombreuses places de villages. Phoolan ne put s’en sortir que grâce à un vieux brahmane compatissant qui l’aida à s’échapper. Shri Ram le brûla vif pour sa trahison. Encore une fois, Phoolan passa toute proche de la mort.


C’est avec toute la rage qu’il lui reste, avec tout le désir de vengeance qui l’anime désormais que Phoolan Devi décida de prendre la tête de sa propre bande de dacoïts. Ainsi, elle ne sera plus à la merci de la violence des hommes à son égard. Pire, elle va devenir l’arme de sa propre vengeance. Pendant des mois, elle s’en prendra aux violeurs riches, les tuant ou leur coupant le sexe ou le nez, les détroussa pour donner une bonne partie de ses butins aux plus pauvres. Sa réputation grandit ainsi semaines après semaines, devenant par la force des choses la fameuse « Reine des bandits ».


Si la police, pendant longtemps, essaya de la capturer sans vraiment y mettre les moyens, son regard sur Phoolan Devi changea après un événement tragique. Alors que Phoolan Devi recherchait Shri Ram pour se venger, elle faillit le capturer dans un petit village, Behmai. Une fusillade éclata, faisant plus d’une vingtaine de morts, la plupart de caste supérieure. Face à ce bain de sang, les autorités n’ont d’autres choix que de réagir. Les moyens donnés à la police augmentèrent, les politiques locaux et nationaux s’en mêlèrent. Phoolan Devi et sa bande n’eurent d’autre choix que de se rendre, moyennant une peine de huit ans de prison. Elle en fit finalement onze. Et à sa libération, décida de se lance en politique jusqu’à son assassinat.


La plus grande faiblesse est de naître femme, de ne pouvoir exister seule.

Un symbole de révolte 


Si cette chronique insiste, sans doute plus que de coutume, sur de nombreux détails de ce livre, c’est pour bien faire comprendre à ceux qui la liront toute l’horreur que Phoolan Devi a subi tout au long de sa vie. Ne l’oublions pas, il s’agit d’une autobiographie. Et sa lecture en devient, de fait, particulièrement éprouvante, au moins pour un certain nombre de passages. Comment une si jeune fille peut-elle ainsi perdre toute son innocence et subir toutes ces horreurs ? Ces viols, d’ailleurs, la traumatiseront si profondément qu’elle n’ose jamais, tout au long du livre, nommer le sexe masculin : il est souvent décrit comme un « serpent ». 


Le récit est si brut, si innocent aussi, qu’il en devient que plus fort. Car il s’agit, en fin de compte, de l’histoire d’une jeune femme indienne qui se révolte contre l’ordre établi, contre le système de castes, mais aussi contre le patriarcat qui le régit et qui fait des femmes de vulgaires objets dont les hommes peuvent en faire ce qu’ils veulent. 


Dans une société où les femmes sont majoritairement réduites au silence, elle parvient à s’imposer dans un monde dominé par des hommes. Les braquages, les embuscades, la violence, tout cela devient son quotidien, mais son désir de vengeance contre ceux qui l’ont brisée reste inébranlable. Elle incarne une forme de justice sauvage. Car oui, Phoolan Devi est dévorée par l’idée de réparation et de vengeance à l’encontre de ceux qui l’ont plongée dans cette violence. Et, d’une certaine manière, elle perpétue, elle aussi, cette violence. À la fois victime et bourreau, Phoolan Devi cherche à s’imposer dans un monde qui ne voulait pas d’elle.


La survie ne s’apprend pas. Chacun doit suivre sa destinée. La mienne est de survivre. Une seule idée, une seule force : la vengeance.

 

Moi, Phoolan Devi, reine des bandits est un livre bouleversant qui dépasse le simple cadre d’une autobiographie. C’est un témoignage sur la condition des femmes dans les zones rurales de l'Inde, sur les luttes des castes inférieures, et sur les dynamiques de pouvoir qui oppressent les plus faibles. À travers son récit, Phoolan Devi fait entendre la voix de millions de femmes et d’hommes réduits au silence par les structures sociales rigides de l’Inde. Sa lecture, bouleversante, touchante, voire choquante parfois, contribue ainsi à perpétuer sa légende.


Et quel pied-de-nez au destin, à son destin, elle qui a subi toutes les injustices de ce monde, que de passer de « Reine des bandits », moins que rien vivant en dehors de la loi, à parlementaire et symbole de révolte dans un pays pourtant si cloisonné ? 


Moi seule sais les tortures que j’ai subies. Moi seule sais comment on peut être à la fois morte et vivante. 

La lecture de ce livre est comme un coup de poing donné en plein estomac. La réalité de ce qu’a vécu Phoolan Devi ne peut que nous émouvoir et nous bouleverser. Le destin hors normes que cette jeune femme s’est donné ne laisse personne indifférent. Elle qui a subi toutes les horreurs possibles et inimaginables durant son enfance et son adolescence a décidé de se révolter contre l’ordre établi, contre ce système de castes injuste et patriarcal qui prédomine en Inde. On découvre dans ce livre le parcours atypique d’une jeune femme dont rien ne lui aura été épargné : misère, violence et viols. Pourtant, malgré toutes les horreurs qu’elle a subies, Phoolan Devi a su transcender sa condition pour devenir cheffe de bande redoutée puis une icône politique. Le style brut de décoffrage, direct (puisqu’il s’agit de retranscriptions, Phoolan Devi ne sachant ni lire ni écrire) ajoute une authenticité qui rend son récit encore plus vivant. Sa lecture y est parfois dure et difficile, mais on ne peut que la poursuivre tant le propos transcende la condition de son auteure : à travers le parcours de Phoolan Devi, ce sont des millions de femmes qui retrouvent la parole pour dénoncer l’enfer qu’elles endurent, en Inde ou ailleurs. Un témoignage d’une rare puissance.


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Ralph Waldo Emerson

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