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Le Vicomte et les Mousquetaires : l’ombre des Rose-Croix - Lawrence Ellsworth (2018)

  • Photo du rédacteur: Max
    Max
  • 18 août 2024
  • 8 min de lecture

Bien que possédant certaines faiblesses, ce livre ravira quiconque se passionne pour l'univers des mousquetaires. Un vrai plaisir de lecture !


Un livre qui nous (re)plonge dans l'univers des mousquetaires d'Alexandre Dumas !
 

Le Vicomte et les Mousquetaires : L’ombre des Rose-Croix, Lawrence Ellsworth, Editions Le Cherche Midi, 2024 (2018)

1626. Au moment où d’Artagnan quitte sa province, Louis d’Astarac, jeune vicomte gascon, prend lui aussi le chemin de la capitale afin de retrouver un mystérieux livre censé renfermer les principaux secrets de la confrérie des Rose-Croix. Celui-ci suscite de nombreuses convoitises, en particulier celles du cardinal de Richelieu et du duc de Buckingham, mais aussi des Jésuites qui veulent le détruire. Conseillé par Aramis et ses amis mousquetaires, notre héros entre alors dans un jeu dangereux où les intrigues politiques, ésotériques et sentimentales ne tardent pas à se multiplier. Sa rencontre avec Milady de Winter va bientôt le précipiter au cœur d’un sombre complot visant la royauté.

 

L’action de ce roman mené à un train d’enfer se déroule en parallèle de celle des Trois Mousquetaires. On y reconnaît bon nombre de scènes et de personnages du livre de Dumas, sous un angle complètement nouveau. Et l’on y retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès du grand romancier français, en particulier son penchant pour les coulisses de l’Histoire, les conspirations et les sociétés secrètes. Cette aventure passionnante sera suivie d’un second volume, La Conspiration Richelieu.

 

Vous aimez Alexandre Dumas et l’univers des Mousquetaires ? Athos, Porthos, Aramis et bien sûr d’Artagnan vous ont fasciné ? Le Vicomte et les Mousquetaires : l’ombre des Rose-Croix est peut-être fait pour vous…


Proposé dans le cadre d’une « Masse Critique » organisée par le site Babelio, j’avoue avoir hésité avant d’accepter de le recevoir pour en rédiger ensuite une critique (que vous êtes en train de lire ici en version plus complète, quelle chance n’est-ce pas ?).


La faute à une « Pile à lire » (ou PAL, pour ceux qui connaissent le jargon des blogs littéraires ; les livres qu’il nous reste à lire en somme) déjà désespérément conséquente, mais aussi aux préjugés que je pouvais avoir sur son auteur, dont le nom ne m’évoquait rien (Google ne le connaissant visiblement pas vraiment non plus). Je dois confesser ici avoir toujours un peu de mal à me lancer dans des livres écrits par des inconnus ou presque (honte à moi, en tout cas pour ce livre-ci). 


Néanmoins, cette légère réticence a vite été évacuée. D’abord par le fait que les éditions du Cherche Midi lui ont donné sa chance, ce qui, déjà, représente un certain argument d’autorité. Mais aussi parce que l’univers des mousquetaires de Dumas, ça reste l’univers de Dumas quoi ! Car après avoir trouvé quelques éléments ici où là sur Lawrence Ellsworth, dont notamment le fait qu’il soit fasciné par l’univers des Trois Mousquetaires au point de l’avoir traduit, je me suis laissé gagner par l’euphorie de retrouver des personnages qui ont marqué mon adolescence et ma carrière de lecteur. La perspective de retrouver le XVIIème siècle français, le cardinal de Richelieu, le comte de Buckingham ou encore Milady de Winter, en plus de nos quatre amis iconiques a fini par avoir raison de moi, me poussant à accepter. Pour mon plus grand plaisir, je dois le reconnaître !


Regardez-moi ! Je ne suis que l’ombre d’un homme. Je veux être celui que je devrais être.

Le plaisir de retrouver l’univers des Trois Mousquetaires


Cela étant dit, écrire de nouvelles histoires en utilisant des univers romanesques tombés dans la culture populaire peut vite devenir casse-gueule tant ces personnages sont devenus au fil du temps iconiques, presque sacrés. Les auteurs qui se lancent dans pareille aventure sont vite attendus au tournant. J’étais donc un brin vigilant en ouvrant ce livre.


Mais force est de constater que mes réserves se sont vite dissipées au fil des pages. Lawrence Ellsworth s’est tellement inspiré de l'œuvre originelle de Dumas, que la fascination et le respect qu’il a pour son maître transpire à chacune de ces pages. Bien évidemment, et cela semble évident, mais disons-le d’emblée : ce livre n’est pas du Dumas, loin s’en faut. Il n’a, en revanche, pas non plus la prétention d’en être un simple ersatz, et heureusement.


Lawrence Ellsworth aime simplement cet univers, et il a l’intelligence de ne pas écrire une nouvelle histoire autour des quatre mousquetaires. Au contraire, il crée de toutes pièces un personnage plutôt attachant, Louis d’Astarac, Vicomte de Fontrailles, et une nouvelle équipe l’accompagnant dans cette quête ésotérique. Les personnages de Dumas ne sont uniquement qu’au second plan, laissant toute la latitude aux nouveaux arrivants pour leur permettre de prendre leur envol.


L’auteur à même une idée encore plus originale : écrire une intrigue qui se déroule en parallèle des aventures des mousquetaires de Dumas. Cette inventivité est loin d’être anodine : son roman s’adressant d’abord et avant tout aux amoureux du roman originel, ces derniers ne peuvent qu’être ravis de voir tous les clins d'œil qui se cachent dans ce livre. Plus fascinant peut-être, ils seront certainement amusés de voir comment les intrigues de Louis d’Astarac se juxtaposent aux aventures de D’Artagnan de manière aussi cohérente que loufoque. Car Ellsworth, on le sent, s’amuse autant qu’il respecte le matériel existant, et cette malice innocente crée un roman unique.


En buvant verre après verre, il avait maudit son dos tordu et le destin qui avait fait de lui un monstre bossu, certain que s’il avait été un homme normal, Isabeau aurait été sienne.

Une aventure moderne à la frontière de l’ésotérisme


Ainsi nous voilà plongés aux côtés de Louis d’Astarac, jeune vicomte de Fontrailles, domaine situé, étrangement, en Gascogne. Si le jeune homme est doté d’une certaine dose d’intelligence, il est néanmoins handicapé par son physique : c’est un bossu. Difficile donc pour lui de conquérir le cœur de sa dulcinée, Isabeau de Bonnefont. Alors quand un mystérieux voyageur vient lui rendre visite pour se procurer sa collection d’automates de Salomon de Caus, et que ce dernier est impliqué dans un meurtre, Louis saute sur l’occasion pour partir à la recherche d’un mystérieux livre, les Trois Mystiques Clercs, écrit par un membre de l’ordre des Rose-Croix qui promeut l’alchimie et des secrets pouvant lui oter son infirmité.


Louis par donc sur Paris, accompagné de son valet Vidou, pour se mettre au service du cardinal de Richelieu qui recherche lui aussi cet ouvrage. Dans son périple, le jeune homme se créera une équipe d’acolytes, Cocodril en tête, et sera confronté au Duc de Buckingham et Milady de Winter. Heureusement que son vieil ami Aramis sera là pour l’aider dans cette quête.


En suivant les aventures de Louis, on se plaît à retrouver tout le charme de l’univers d’Alexandre Dumas. Les ingrédients qui ont fait son succès sont présents : un aventure aux prises avec les grands de la France du XVIIème siècle, une dose d’épique, un grain d’humour et surtout une amitié et une bonhomie qui font le charme de ces nouveaux personnages.


Néanmoins, Lawrence Ellsworth modernise son récit. Fini les longs passages, il va droit à l’essentiel, le roman étant porté par une bonne dose de péripéties en tout genre. Il intègre aussi à son récit un brin d’érotisme, mais aussi d'ésotérisme. Car en introduisant ce mystérieux livre, Ellsworth utilise le mouvement des rosicruciens (qui a véritablement existé à cette époque), pour donner à son héros un but, sans doute illusoire : retrouver une physionomie normale. Choix osé, mais pour le coup plutôt bien vu, Ellsworth ne faisant qu’utiliser l’Histoire au profit de son roman. À la manière de Dumas, en somme.


Quelques faiblesses, mais vite balayées par une intrigue efficace


Cela étant, se lancer dans un projet littéraire aussi ambitieux peut engendrer certaines lacunes. En voulant ainsi s’inspirer de l'œuvre de Dumas, la comparaison ne peut que sembler logique. Évidemment, notre cher Alexandre l’emporte haut la main. 


Les personnages imaginés par Ellsworth sont nombreux, et n’ont pas tous une importance, une profondeur et une consistance que Dumas pouvait donner aux siens. On est ainsi surpris de voir, à la fin de ce premier volume, qu’un certain nombre d’entre eux ne font que de la figuration ou presque (ce point doit néanmoins être pondéré par le fait qu’il ne s’agit que du premier volume, le second pourra, peut-être, leur apporter plus de lumière). On pense par exemple ici à Descartes ou Gerbier. Un brin décevant.


Autre élément sans doute dommage : le rythme qu’Ellsworth impose à ses personnages. Beaucoup d’aventures, de dialogues, et d’actions qui donnent un tempo particulièrement élevé. On enchaîne ainsi les scènes, sans qu’aucune ne puisse vraiment se détacher. Les dialogues sont, eux aussi, parfois un peu niais, ou du moins fort peu intéressants. 


Malgré quelques incohérences et ces légers travers (car ils restent néanmoins assez minimes au regard de la globalité du récit), le lecteur se laisse facilement happer par les aventures du jeune Louis. Les facilités scénaristiques qui peuvent se glisser ici ou là disparaissent au profit d’une quête qui donne, globalement, entière satisfaction.


En fin connaisseur des Trois Mousquetaires, Ellsworth s'appuie sur des personnages iconiques que l’on connaît pour mettre en valeur les siens. Il offre ainsi de longs passages à Aramis dont il a, me semble-t-il, compris toute la subtilité. Idem pour Milady de Winter. La relecture qu’Ellsworth fait du Duc de Buckingham est peut-être plus osé, le rendant plus vicieux. Mais tous ces éléments font que le lecteur plonge une nouvelle fois dans l’univers des Mousquetaires, avec une nouvelle aventure originale. Et c’est vraiment satisfaisant pour quiconque aime s’y replonger de temps à autre.


En quoi croyait-il, lui ? Lady Carlisle l’avait accusé de douter de l’existence du paradis et de l’enfer… et elle avait raison. Il ne savait pas ce qui arrivait à l’âme après la mort, mais dans son esprit la représentation de l'Eglise du paradis et de la perdition semblait plus servir aux hommes qu’à Dieu ; hommes dont le but était de contrôler d’autres hommes. Si Dieu existait, alors l’obéissance envers lui devrait provenir de l’amour et non de la crainte.

Finalement, ce livre qui se lit d’une traite grâce à ces chapitres courts et à son rythme plus qu’effréné tient la plupart de ses promesses. La précision avec laquelle Lawrence Ellsworth fait concorder sa propre histoire avec celle de Dumas a quelque chose d’amusant. On se plaît à retrouver des personnages iconiques dans une nouvelle aventure qui tient son lot de rebondissements et de trahisons. Si certaines faiblesses peuvent parfois se faire remarquer, la nostalgie et l’amour de cet univers nous poussent à être indulgent pour passer outre. Chose aisée tant ce roman nous permet de passer un agréable moment de lecture !


Pour conclure, merci aux équipes de Babelio et au Cherche Midi de m’avoir permis de découvrir ce livre. Plus qu’une hâte : découvrir comment se concluent les aventures de Louis d’Astarac avec le second volume qui devrait être publié prochainement !


Malgré les quelques réticences initiales que je pouvais avoir lorsque les équipes de Babelio m’ont proposé de lire ce livre en échange d’une critique (les projets littéraires basés sur des oeuvres aussi magistrales que Les Trois Mousquetaires peuvent très vite devenir casse-gueule, et la faute à une PAL déjà très conséquente), j’ai fini par céder à cette petite voix dans ma tête qui m'intimait d’accepter. Ma passion pour cet univers avait pris le dessus… Fort heureusement ! Alors oui, ce n’est pas du Dumas, loin s’en faut. Néanmoins, Lawrence Ellsworth s'inspire de manière suffisamment intelligente de l'œuvre littéraire de Dumas pour créer la sienne. Toute son admiration et tout le respect qu’il a pour les mousquetaires transpirent à chacune de ces pages. Ce livre s’adressant avant tout aux amoureux des Trois Mousquetaires, le lecteur sera ravi d’y voir de nombreux clins d'œil à l'œuvre originelle. Plus fascinant encore, il sera certainement amusé de voir la façon dont Ellsworth juxtapose son récit à celui de Dumas, imaginant ce qui aurait pu arriver lors des ellipses laissées par Dumas dans son roman. Bien entendu, ce livre n’est pas exempt de tout défaut : on notera par exemple des dialogues parfois assez plats, ou des répliques qui tombent à l’eau. Le nombre de nouveaux personnages n’aidant pas, certains sont délaissés (encore que ce jugement est à pondérer puisqu’il y a un second volume qui paraîtra bientôt). Ce roman est quant à lui mené tambour battant, les scènes d’actions se succédant à un rythme effréné, ne laissant pas toujours le temps au récit de se poser. Malgré tout, ces faiblesses sont vite évacuées par les aventures du jeune Louis d’Astarac et de ses acolytes en quête d’un livre hérétique. On se laisse porter par le plaisir de retrouver des personnages iconiques (Aramis et Milady en tête), qui ne restent pour autant que secondaires, permettant à Louis et à ses amis (dont Cocodil) de prendre une certaine envergure. L’intrigue est suffisamment prenante pour ne pas voir défiler les pages. Bref, un vrai plaisir de lecture. Encore merci aux équipes de Babelio et aux éditions du Cherche Midi pour cette belle découverte qui me donne, évidemment, envie de lire le second volume qui viendra clôturer les aventures du jeune Louis d’Astarac !


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“ Chaque esprit se construit pour lui-même une maison, et par-delà sa maison un monde, et par-delà son monde un ciel.”

Ralph Waldo Emerson

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