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Willibald - Gabriella Zalapì (2022)

  • Photo du rédacteur: Max
    Max
  • 27 oct. 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 nov. 2024

Un roman brumeux sur la quête généalogique de Mara, qui part à la rencontre de son arrière-grand-père grâce à des archives. Déroutant.

Un livre brumeux, qui laisse une sensation étrange, comme si tout n'avait pas été dit au sujet de cette famille
 

Willibald, Gabriella Zalapì, Le Livre de Poche, 2024 (2022)

Depuis l’adolescence, Mara est habitée par un tableau suspendu dans le salon de son HLM. Willibald, qui a acheté cette toile dans les années 1920, la hante tout autant. Lorsqu’il fuit Vienne en 1938, il n’emporte que ce Sacrifice d’Abraham, soigneusement plié dans sa valise. Entrepreneur et collectionneur juif, il refait sa vie au Brésil, loin des siens. Lors d’un séjour en Toscane chez sa mère Antonia, Mara déchiffre les lettres de Willibald qu’elle retrouve dans un hangar. Elle observe les photos, assaille de questions Antonia, « qui sait mais ne sait pas ».

 

Gabriella Zalapì est une artiste plasticienne d’origine suisse, italienne et anglaise, née à Milan en 1972. Outre ses travaux picturaux, elle s’est lancée depuis quelques années dans la rédaction de romans inspirés de sa vie personnelle et, surtout, de sa famille. Son premier livre, Antonia : Journal 1965-1966 lui a permis de recevoir le Grand prix de l’héroïne 2019, décerné par Madame Figaro. Et déjà, il était question de généalogie, de remonter le temps afin de redécouvrir l’histoire de sa famille. Car ce roman, Antonia : Journal 1965-1966, mettait déjà en scène Antonia qui, à la mort de sa grand-mère, reçoit des boîtes remplies de lettres et de photographies, l’incitant ainsi à partir à la rencontre de sa famille.


Willibald est donc le second roman de Gabriella Zalapì. Les thématiques abordées sont les mêmes : secrets familiaux, généalogie, mémoire. Et la famille, la même également. Sauf qu’ici, il ne s’agit plus d’Antonia, qui a soixante-dix neuf ans désormais, mais de sa fille, Mara, qui tente de lever le voile qui recouvre l’histoire de son arrière-grand-père, Willibald, et du seul tableau qu’il a emporté avec lui lors de son exil en 1938.


Ce livre est donc l’histoire d’un homme ayant fui l’Autriche nazie, de son intérêt inaltérable pour un tableau, Le Sacrifice d’Abraham, mais aussi de la quête d’une jeune femme pour retracer ses origines. Mara se plonge dans les archives familiales et part en quête de son arrière-grand-père pour retracer la vie de son aïeul. À ses côtés se trouve sa mère, Antonia, qui « sait mais ne sait pas ». Un livre marquant à plus d’un titre.


Mara ? Tu pleures ? Non, ce sont des larmes d’exaspération. Willibald me touche et m’irrite horriblement, c’est tout. Par moment je le trouve affreux.

Willibald, un personnage énigmatique


Peut-être faut-il d’abord s’arrêter sur le personnage qui donne son nom à ce roman, Willibald. Car c’est autour de lui qu’est construite la recherche d’un passé perdu de Mara.


Willibald a perdu ses parents et ses frères très tôt, alors qu’il venait à peine d'entrer dans l’âge adulte. Il reprend l’entreprise de son père, qu’il arrive à développer et à faire grandir, lui donnant de fait une certaine aisance financière lui permettant de s’adonner à sa passion, les œuvres d’art, et de les collectionner. 


Pourtant, Willibald est contraint de fuir l'Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, et les humiliations antisémites en 1938, laissant derrière lui son entreprise florissante, mais aussi une grande collection d'œuvres d’art. Il n’emporte avec lui qu’un seul tableau, Le Sacrifice d’Abraham de Govaert Flinck (1615-1660), un élève de Rembrandt, qu’il plie en quatre et place dans sa valise avant de tout laisser derrière lui. Séparé de sa femme et de sa fille, il arrive à les envoyer en Suisse pour les protéger. Dans son exil, il va d’abord se rendre en Angleterre, puis en France avant de s’installer définitivement au Brésil. 


À travers les lettres que Mara retrouve dans la grange de sa mère, mais aussi les quelques informations qu’elle arrive à soutirer à cette dernière, Antonia étant visiblement récalcitrante, ou du moins sur la défensive, se forme devant nous le portrait d’un homme mystérieux, dont on ne sait finalement pas grand chose. Visiblement beaucoup tourné sur lui-même, sa famille sera sans doute son plus grand échec. Séparé de sa femme, il entretient une relation difficile avec sa fille, Esther, pour laquelle il tient des propos souvent durs à son égard, la jugeant trop frivole.


Si, à travers les informations qu’arrive à glaner Mara au fil de ses recherches, de nombreuses zones d’ombres subsistent sur le déroulement de sa vie, l’élément le plus significatif est sans nul doute ce tableau, qu’il a tenu à conserver.


Elle aime cette peinture. Son grand format lui jette au visage une image paradoxale qui l’effraie et l’hypnotise.

Un tableau en guise de fil conducteur


Comme cela a déjà été mentionné plus haut, le tableau en question est Le Sacrifice d’Abraham de Govaert Flinck. Cette œuvre raconte l’épisode biblique lors duquel Abraham s’apprête à tuer son fils après que Dieu lui ait ordonné de se rendre sur le mont Moriah pour le sacrifier. Voyant qu’Abraham s’apprête à passer l’acte, Dieu lui envoie un message pour lui dire d’arrêter son geste. Pourquoi Willibald a-t-il choisi de garder ce tableau en lieu et place d’un autre ? Pourquoi donc ce tableau ? Telle est la question que se pose Mara depuis toujours, alors que la toile trônait sur un mur de l’appartement dans lequel elle vivait enfant. 


Si ce roman est particulièrement fragmenté, tant sur la forme (puisqu’il est composé d’une multitude de petits paragraphes, entrecoupé parfois de photographies), que sur le fond (Mara n’arrive pas à retracer toute la vie de son arrière-grand-père), il apparaît que l’un des fils conducteurs de ce récit réside dans ce tableau. Métaphore du sacrifice, de la fidélité ou d’une certaine forme de radicalité dans son éthique de vie, il reste, même à la fin de ce livre, difficile de comprendre les motivations de Willibald quant à sa volonté d’emporter avec lui ce tableau. Toujours est-il que cette œuvre occupe une place prépondérante dans ce roman comme dans la vie de ses personnages qui sont tous, d’une manière ou d’une autre, liés à cette peinture.


C’est par le Sacrifice d’Abraham que Mara rencontre Willibald, en silence, à son insu.

Une histoire familiale fragmentée


Ce récit est composé de fragments épars, de silence, de trous, à l’image de cette quête généalogique dans laquelle Mara s’est lancée. Retracer la vie de son arrière-grand-père, à travers ses archives familiales, impose des zones d’ombres, des bribes d’histoire à jamais perdues. Chacun des passages représente des échantillons de souvenirs, des fractions de cette quête qui, malgré tout, reste morcelée.


Morcelée aussi est cette famille. À travers les différentes lettres que Willibald a laissées à Antonia, on ne peut que sentir le sentiment d’échec dans lequel sa situation familiale l’a plongé. Depuis sa terre de refuge, le Brésil, il s’est peu à peu éloigné de son ex-femme, Inge, et de sa fille, Ester, mère d’Antonia. Les décès prématurés de certains membres de sa famille, auxquels viennent s’ajouter l’exil et les relations parfois houleuses, ont fragmenté cette famille.


Pourtant, par ses lettres et ses voyages ponctuels en Europe, Willibald a tenté de se créer une place dans la vie de ses proches, de maintenir du lien avec eux. En vain. Isolé, seul, c’est cette quête de Mara qui permet d’éviter qu’il ne tombe dans l’oubli. Et par ses recherches, Mara essaie elle aussi de tisser des liens entre certaines figures familiales : d’abord avec Willibald,  mais aussi avec sa mère, Antonia.


Elle avait travaillé sans relâche, pensant qu’à partir du moment où les choses sont scellées, elles n’existent plus ou très peu. Faux.

Un roman brumeux


Ce roman regroupe donc, en fin de compte, trois histoires en une : l’histoire d’un tableau, Le Sacrifice d’Abraham, l’histoire de Willibald, mais aussi l’histoire de Mara, son arrière-petite-fille. Mais c’est aussi l’histoire d’une fuite, d’une filiation fragmentée aussi. 


Ces morceaux, que Mara tente tant bien que mal de mettre bout à bout, se matérialisent aussi dans la forme de ce roman. Il s’agit d’une succession de courts paragraphes, saccadés, elliptiques, entre lesquels viennent s’insérer des fragments de photographies familiales. Tout juste sont-ils liés entre eux par cette quête et cette volonté de retracer le parcours de Willibald.


On sort de la lecture de ce roman avec une étrange sensation. L’impression que tout n’a pas été dit au sujet de cette famille, que certaines questions soulevées au fil des pages resteront à jamais sans réponse. D’autant plus que l'écriture de Gabriella Zalapì, bien qu’agréable et limpide, y est saccadée, faite de phrases souvent courtes. Les dialogues quant à eux, sans les délimitations formelles que sont les habituels tirets, se fondent dans le reste du texte. Tout se passe comme si tout avait été pensé, conçu (n’oublions pas que Gabriella Zalapì est plasticienne, la forme de son texte est donc, me semble-t-il, tout sauf anodin), pour que la  lecture de ce roman soit nébuleuse, brumeuse à l’image de ce passé familial qui reste, à bien des égards, insaisissable. Original et déstabilisant.


Merci aux équipes de Babelio et du Livre de Poche pour cette belle découverte. Un roman qui m'a permis de sortir de ma zone de confort.


Willibald est le second roman de l’artiste peintre Gabriella Zalapì. Reprenant les mêmes personnages que son premier roman, Antonia : Journal 1965-1966, la même histoire familiale aussi, l’auteure se concentre cette fois-ci sur Mara, fille d’Antonia, qui part en quête de son arrière-grand-père Willibald à travers des archives qu’elle a retrouvées dans la grange de sa mère. Cet homme, Willibald, apparaît comme un personnage énigmatique, qui a fui l'Anschluss pour se réfugier au Brésil, s’éloignant de fait de son ex-femme et de sa fille, n’emportant avec lui qu’un seul tableau, Le Sacrifice d’Abraham. À la recherche de réponses, Mara tente de percer le mystère de son aïeul et de l’intérêt qu’il portait à cette œuvre d’art. Au fur et à mesure de sa lecture, ce roman devient de plus en plus déroutant. Gabriella Zalapì étant plasticienne, ne l’oublions pas, rares sont, me semble-t-il, les livres dans lesquels la forme et le fond du récit en viennent à se mélanger, pour ne former, si j’ose dire, qu’un.  L'écriture de Gabriella Zalapì, bien qu’agréable et limpide, y est saccadée, faite de phrases souvent courtes, tout comme les paragraphes. Roman décousu, fait de silence et de non-dits, il restitue le fruit du travail de Mara qui, malgré ses efforts, ne peut retracer entièrement la vie de son arrière-grand-père. Ces silences, ces ellipses se superposent aux zones d’ombres de Willibald qui reste et restera un personnage empreint de mystères. De fait, se crée une forme de brouillard qui entoure cette histoire familiale et ces personnages restent entourés de flou qui empêche une totale adhésion. Et on ressort de la lecture de ce roman avec une étrange sensation. L’impression que tout n’a pas été dit au sujet de cette famille, que certaines questions soulevées au fil des pages resteront à jamais sans réponse. Un livre brumeux, qui nous laisse une sensation étrange, mêlant des fragments d’histoires familiales avec des moments de silence, de non-dits. A l’image d’une quête généalogique, faites de noms, d’événements, mais aussi de passages tombés dans l’oubli, peut-être.


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“ Chaque esprit se construit pour lui-même une maison, et par-delà sa maison un monde, et par-delà son monde un ciel.”

Ralph Waldo Emerson

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