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L'île au secret - Ragnar Jónasson (2021)

  • Photo du rédacteur: Max
    Max
  • 6 nov. 2023
  • 5 min de lecture

Un polar en forme de huis-clos sur une île isolée en terre islandaise. Maîtrisé mais pourtant décevant.


Un polar sur une île en forme de huis-clos
 

L’île au secret, Ragnar Jónasson, Points Policier, 2021 (2019)

Au large des côtes de l’Islande, l’île d’Ellidaey abrite la maison la plus isolée au monde. Sur cette terre de légendes, véritable huis clos à ciel ouvert, l’inspectrice Hulda va devoir résoudre une mystérieuse disparition, quitte à faire ressurgir les fantômes du passé… Les événements se déroulent quinze ans avant La Dame de Reykjavík.

 

C’est un peu par hasard que je suis tombé sur ce livre. Comme tout bon bibliophile qui se respecte, il m’arrive parfois de vagabonder au gré des étagères de la librairie la plus proche de chez moi. Chose que j’ai faite récemment. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque mon regard se posa sur la couverture de ce roman, L’île au secret. Évidemment, même si je n’ai pas eu l’occasion d’ouvrir La Dame de Reykjavík, j’avais eu vent du succès commercial de ce livre et le nom de Ragnar Jónasson m’était de ce fait déjà familier. Grand amateur de ce genre littéraire, il n’en suffit pas plus à l’indécis que je suis habituellement pour se laisser convaincre et l’acheter. Deux après-midi plus tard, je refermai ce roman policier. Sur quels sentiments ? M’a-t-il convaincu ? Verdict !


S’il avait menti par le passé, pourquoi dirait-il la vérité aujourd’hui ?

Bon allez, j’arrête ici le piètre suspense que j’avais essayé d’introduire dans cette chronique. Je ne sais pas véritablement par quoi commencer tant ce roman m’a laissé sur une impression mitigée. Alors, certes, s’il ne m’a fallu que deux jours pour le lire, c’est que l’intrigue était suffisamment forte et intéressante pour me pousser à continuer. Et c’est vrai que j’ai pris un certain plaisir à parcourir ces pages. Où plutôt, à le dévorer, je crois que ce terme est bien plus adéquat pour décrire l’empressement que j’ai eu à le terminer. Et je dois reconnaître que j’ai pris un réel plaisir à découvrir ses personnages : d’abord Hulda, évidemment, puisqu‘il s’agit de l’inspectrice en charge de l’affaire et de ce meurtre. Mais pas que : en réalité, si elle est suffisamment présente pour que sa présence soit attrayante, j’ai trouvé que les autres personnages qui gravitent autour de cette affaire sont tous dignes d’intérêt. Tous les membres de ce groupes d’amis sont, à bien des égards, le cœur même de ce livre dans lequel, finalement, Hulda n’intervient qu’en périphérie, qu’au second plan. En tout cas, telle est l’impression que j’ai eue. Car, en définitive, tous les membres de ce groupe d’amis, que ce soit Alexandra, Klara, Dagur ou Benedikt, sont si bien travaillés qu’ils finissent par voler la vedette à Hulda.


Si cela peut surprendre, L’île au secret faisant partie du cycle de l’auteur pourtant dédié à Hulda, c’est parce que leur histoire personnelle et leur passé partagé sont si intelligemment recouverts d’un voile de mystères que l’intérêt du lecteur finit par se porter sur leur trajectoire commune et sur les drames qui jalonnent la tranche de vie qui nous est racontée ici. On le sent, l’auteur maîtrise si bien son sujet qu’il ne dévoile les éléments les plus intéressants qu’au compte-gouttes, nourrissant de ce fait chaque fois un peu plus l’intérêt du lecteur et faisant grandir le suspense jusqu’à son paroxysme. C’est ce travail d’orfèvres que je tiens à saluer ici, car il est assez rare, je crois, qu’une intrigue soit menée de manière aussi millimétrée et clinique que celle qui habite ces pages.


Peut-être s’agissait-il vraiment d’un accident. Cependant, Andrés avait le sombre pressentiment qu’un crime ignoble avait été commis dans ces lieux.

Néanmoins, et c’est précisément là que je mettrais mon bémol, ce récit est si savamment orchestré et conçu qu’il finit, à mon sens, par être habité d’une froideur presque palpable. Si tous ces personnages et l’intrigue en elle-même nous harponnent, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher véritablement à l’un d’entre eux. L’histoire personnelle de Hulda est, au fond, assez décevante, et les quatre autres personnages principaux n’ont pas réussi à me séduire outre mesure. Oui, j’ai vraiment voulu avoir le fin mot de cette sombre histoire, mais à aucun moment je ne me suis véritablement senti dans l’intimité de leur personnalité ou de leur vie. En réalité, il m’a semblé, tout le long de ce livre, n’être qu’un spectateur qui survole leur existence sans réellement les côtoyer.


Plus embêtant encore est la résolution finale de l’affaire. Je l’ai trouvé particulièrement abrupte et classique. Les deux cents premières pages sont au fond quand même plutôt réussi, mais la fin m’a laissé sur ma faim (jeu de mots plutôt ridicule, il est vrai). Si tout le long du livre les pièces du puzzle finissent par se mettre bout à bout, il m’a semblé que la découverte du meurtrier arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, comme si l’auteur avait un peu bâclé son roman, pourtant vraiment maîtrisé. Peut-être n’a-t-il pas su comment finir proprement son roman. Au fond, je n’ai pas été véritablement surpris par la fin. Et c’est bien dommage.


Il savait par expérience, hélas, que les apparences étaient souvent trompeuses. Et la réalité, parfois empoisonnée.

Finalement, pour mon premier Jónasson, je dois avouer que j’ai été un peu déçu par ce polar. Non pas qu’il soit mal écrit ou mal construit (c’est plutôt le contraire en réalité), mais la sensation qu’il m’a laissé en le refermant est plutôt mitigée. Je m’explique. Si cet auteur est aujourd’hui si réputé, c’est, je crois, indéniablement grâce à l’incroyable maîtrise du genre dont on a ici, dans L’île au secret, une belle preuve. L’intrigue est ici magnifiquement bien ciselée, millimétrée et parfaitement clinique. Le mystère qui plane au-dessus de ce groupe d’amis est très bien amené et participe de ce fait au suspense qui nous pousse à dévorer ce roman. L’île au secret est donc un véritable page-turner et, de ce point de vue, est donc une belle réussite. Mais paradoxalement, c’est là que le bât blesse : les forces de ce roman deviennent, à mon sens, des lourdeurs qui finissent par nuire à sa lecture. A l’image du décor islandais dans lequel se déroule ce drame, le récit est froid, très froid, presque trop. Il m’a semblé, tout au long de ce livre, n’être qu’un spectateur qui survole les existences de ces personnages sans réellement les côtoyer. Le groupe d’amis autour duquel le récit est centré prend une place considérable et relègue presque Hulda au second plan. La faute sans doute à son intrigue personnelle qui est franchement décevante. Enfin, comme je l’ai dit, si l’essentiel du roman est techniquement très bien maîtrisé, la chute m’a honnêtement laissé de marbre. Peut-être un peu trop prévisible, un peu trop brutale. En définitive, ce roman est certes dans l’ensemble très bien construit, mais la déception est le sentiment qui prédomine à l’heure où j’écris ce modeste retour de lecture. Néanmoins, je ne m’interdis pas de revenir dans quelque temps à cet auteur, ne serait-ce que pour découvrir La Dame de Reykjavík qui, je l’espère, tiendra toutes ses promesses.


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